Art is a journey into the most unknown thing of all - oneself. Nobody knows his own frontiers… I don’t think I’d ever want to take a road if I knew where it led.

Louis Kahan

« (…) Une journée très belle : j’ai traversé Paris
A l’orée du bois, un marché en plein air,
Les gens paisibles feuilletaient des albums
De timbres. Et tout à coup un monde ancien ressuscitait.
Le soleil pansait les blessures des branches.
Le printemps prudent comme un escargot montrait les cornes
Des premiers bourgeons. Et dans un halo
Les enfants dépliaient les toiles de leurs jeux.
Je regardais cela à travers les vitres
De l’autobus qui devenait lui-même aérien.
J’étais assis parmi les voyageurs heureux.
Ah ! pour une fois, comme un des leurs, je traversais la ville.
Le long des quais rêvaient les promeneurs,
Les chalands amarrés pleins d’un ciel lointain,
Le jour ôtait ses bagues de lumière,
Il offrait ses mains nues aux mains de la fraîcheur.
Autour, des jeunes hommes riants. « A quelle fête
Allez-vous ? » Et des filles sereines. L’autobus
S’arrêtait, aux miroirs de nos propres affables.
Ensuite, les vitrines furent comme des lacs
Où tomba la parure du jour comme un feuillage.
Les salles de spectacles paraissaient immobiles
Mais elles étaient en marche comme des autobus géants.
A travers les portes ouvertes des boulangeries
Les pains comme des lampes éclairaient les visages,
Aux terrasses des cafés un agréable songe
Empruntait la couleur et la forme des verres.  »

l’Apprenti fantôme, poème composé en 1938

By Ilarie Voronca

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